Saint-Rémy de Rochefort : une histoire de renaissance
Depuis 1230 : les premières moniales, les épreuves, la renaissance de 1887 et un patrimoine auquel nous sommes sensibles à La Corte Segreta.

Abbaye Notre-Dame de Saint-Rémy de Rochefort, photographiée en août 2011 — Grentidez, Wikimedia Commons, CC0.
À La Corte Segreta, une bière peut ouvrir la porte d’une histoire beaucoup plus vaste. Derrière la Rochefort 10 se trouve l’abbaye Notre-Dame de Saint-Rémy, en Famenne, dans la province de Namur. Ses origines remontent à 1230. Près de huit siècles nous séparent de cette fondation : des communautés se sont succédé, des bâtiments ont disparu, d’autres ont été relevés. Nous aimons ce lieu pour ce qu’il raconte du temps, du travail et de la transmission.
1230 : une histoire qui commence avec des femmes
Le 13 juin 1230, Gilles de Rochefort, également connu sous le nom de Gilles de Walcourt, donne des terres pour y établir une communauté de moniales cisterciennes. Le monastère porte alors le nom de « Secours Notre-Dame ». Cette première page mérite d’être retenue : le lieu que nous associons aujourd’hui aux moines et à leur bière commence avec une communauté de femmes.
En 1464, après une enquête sur la situation des deux maisons, les moniales de Rochefort et les moines de Félipré, près de Givet, échangent leurs établissements. Saint-Rémy est alors endetté et ses bâtiments menacent ruine. L’accord est signé le 11 novembre. Des moines cisterciens prennent ainsi le relais dans un monastère qui a déjà plus de deux siècles d’existence.
« Courbée, je me redresse »
Saint-Rémy traverse les troubles de son époque. En 1650, des troupes lorraines pillent l’abbaye ; l’année suivante, elles s’installent dans le monastère abandonné, tandis que les religieux ont trouvé refuge à Marche. Reconstruire devient une nécessité, autant pour les bâtiments que pour la vie de la communauté.
La devise de l’abbaye, « Curvata resurgo » — « Courbée, je me redresse », prend tout son sens dans ce parcours. Nous y voyons une manière de regarder son histoire : des épreuves, des pertes, puis la volonté de reprendre. Le patrimoine de Saint-Rémy conserve la mémoire de ces reconstructions.
Une rupture, puis la renaissance de 1887
La fin du XVIIIe siècle apporte une rupture profonde. Les religieux sont sécularisés en 1792 ; en 1797, dans le contexte révolutionnaire, le domaine est confisqué et vendu comme bien national. Une partie des bâtiments est ensuite démolie. Il serait donc trompeur d’imaginer une vie monastique demeurée intacte depuis le Moyen Âge.
En 1887, des cisterciens trappistes venus d’Achel acquièrent le domaine et rétablissent la vie cistercienne. Ils restaurent et reconstruisent. La communauté devient un prieuré en 1891, puis retrouve le rang d’abbaye en 1912. Entre-temps, la nouvelle église est consacrée en 1902. Ce retour, après une interruption proche d’un siècle, donne à Saint-Rémy une véritable histoire de renaissance.
Un patrimoine qui se lit dans la pierre
L’abbaye porte encore plusieurs époques : des dépendances datées de 1752, des pilastres en marbre de Saint-Rémy du XVIIIe siècle, puis les bâtiments monastiques construits entre 1892 et 1900. L’église de cette reconstruction a été adaptée en style néoroman en 1992–1993.
Ces traces donnent une profondeur particulière au lieu. Il appartient à l’histoire religieuse de la Famenne, mais aussi à celle de ses matériaux, de son architecture et de son travail. Sa mémoire ne se résume pas aux bouteilles qui l’ont fait connaître.
Du travail de la terre au patrimoine brassicole
La vie monastique associe prière et travail. Pendant longtemps, l’agriculture et l’exploitation des ressources du domaine font vivre Saint-Rémy. La bière fait également partie de cette histoire : les premières traces écrites connues du brassage remontent à 1595. Cette date témoigne d’une activité déjà présente ; elle ne permet pas de dater à elle seule le premier brassin.
Au XXe siècle, la brasserie prend une place croissante. La salle de brassage inaugurée en 1960, avec ses cuves en cuivre et ses vitraux, reçoit le surnom de « cathédrale de la bière ». Une nouvelle salle entre en service en 2020 ; l’ancienne est conservée comme témoin du patrimoine. Continuer à produire et préserver ce qui a précédé deviennent deux façons de transmettre.
Ce qui nous touche à La Corte Segreta
Nous aimons retrouver derrière une saveur un lieu, des gestes et une histoire humaine. Saint-Rémy nous parle par ses origines féminines, par les ruptures qu’elle a traversées et par la place que le travail occupe dans sa continuité. Sa devise nous plaît particulièrement : elle exprime la capacité de se relever et de faire vivre un héritage.
Lorsque nous proposons la Rochefort 10, nous partageons aussi un peu de cette histoire. La bière se découvre dans le verre ; cette archive donne envie de regarder le lieu dont elle vient. À La Corte Segreta, nous tenons à ce lien entre le plaisir de la dégustation et la mémoire de ceux qui l’ont rendu possible.

« Rochefort. Abbaye de St. Remy, la brasserie » — carte postale éditée par Nels, vers 1906. Collections des bibliothèques de la KU Leuven, via Wikimedia Commons ; domaine public.
Rochefort 10 : l’histoire derrière la « Merveille » →