Federico Martinotti : l’homme derrière les bulles italiennes
Un savant du Monferrato, une vie de recherche et une idée qui a transformé les mousseux italiens.

Les plaques commémoratives de Giovanni et Federico Martinotti, auprès de l’oratoire San Michele à Villanova Monferrato, son village natal. Photographie : Al*from*Lig, Wikimedia Commons. · Photographie originale · CC BY-SA 4.0
Une personne derrière un nom de méthode
À La Corte Segreta, nous aimons découvrir les personnes qui ont donné une autre direction à l’histoire du vin. Federico Martinotti en fait partie. Son nom accompagne une méthode de production, mais derrière ces syllabes se trouve un homme qui a passé sa vie à observer la vigne, expérimenter en cave et transmettre ses découvertes. Nous lui consacrons cette fiche parce que les bulles que nous partageons à l’apéritif portent aussi l’héritage de cette curiosité.
Du Monferrato aux laboratoires de Turin
Federico Martinotti naît le 3 juin 1860 à Villanova Monferrato, dans le Piémont. Il grandit dans un environnement où la vigne fait partie de la vie agricole. À Turin, il commence des études de médecine avant de se tourner vers la chimie et la pharmacie, dont il obtient le diplôme en 1887.
Il rejoint ensuite la Station agronomique royale de Turin, d’abord comme assistant, puis avec des responsabilités de direction. Ses recherches associent les analyses de laboratoire aux essais dans les vignes du Monferrato : pour lui, comprendre le vin demande de connaître le raisin autant que sa transformation.
Asti : une vie consacrée à l’œnologie
En 1901, il prend la direction de la Station œnologique royale expérimentale d’Asti, après un concours. Il la conserve jusqu’à sa mort, le 2 juillet 1924, à 64 ans. Pendant ces années, il contribue à faire de la recherche un outil concret pour les caves et les viticulteurs.
Il suit la construction d’une nouvelle station, organise la transmission des connaissances et s’intéresse aux appareils qui rendent le travail du vin plus précis. Sa carrière révèle une idée qui nous plaît : le savoir-faire progresse lorsque l’expérience de terrain et la science prennent le temps de se rencontrer.
1895 : changer l’échelle des bulles
Avant même de diriger Asti, Martinotti travaille sur les mousseux. Entre 1891 et 1893, il publie sur leur fabrication et sur le Moscato effervescent. En 1895, il fait breveter un dispositif de production dans de grands récipients clos. Le brevet suisse CH10711, déposé le 12 juillet, porte sur une installation destinée à la fabrication continue des vins mousseux.
La recherche vise une production plus rapide et moins coûteuse que le travail bouteille par bouteille, avec une véritable fermentation dans des récipients capables de résister à la pression. Cette étape ouvre la voie à la méthode Martinotti que nous explorons dans notre archive consacrée aux bulles nées en cuve.
Martinotti et Charmat : deux noms, une évolution
D’autres chercheurs avaient déjà exploré la fermentation dans de grands contenants au XIXe siècle. L’apport de Martinotti est de développer et breveter un système qui fera date dans l’œnologie italienne.
Au début du XXe siècle, Eugène Charmat perfectionne les équipements et favorise leur développement industriel. Son brevet britannique publié en 1910 décrit un ensemble permettant de traiter, clarifier et transférer les vins effervescents sous pression. Les noms Martinotti et Charmat racontent ainsi deux étapes de cette évolution : la recherche italienne et les perfectionnements qui ont accompagné sa diffusion.
Un chercheur qui sortait de son laboratoire
Martinotti s’intéresse aussi à la filtration, à la distillation, aux machines de cave et à la lutte contre les maladies de la vigne. Face au phylloxéra, il étudie les possibilités offertes par les vignes américaines et les greffes. Il va jusqu’à réaliser lui-même des essais de greffage lorsqu’il ne trouve pas sur place les compétences nécessaires.
Une autre image de sa vie nous plaît beaucoup : pour montrer aux viticulteurs l’intérêt de la mécanisation, il fait installer un fouloir à moteur sur une charrette tirée par un cheval. L’innovation vient alors à leur rencontre, au plus près de leur travail.
Une surprise : des bulles sans alcool
À la fin de sa vie, pendant la prohibition américaine, il travaille aussi sur les vins et vermouths sans alcool. Il prépare notamment un Moscato mousseux sans alcool, après avoir surmonté des difficultés techniques.
Ce détail rend son parcours particulièrement vivant pour nous. À une époque très différente de la nôtre, il cherchait déjà comment adapter le vin à de nouveaux usages sans abandonner la recherche du goût. Cette curiosité fait écho à notre envie de proposer le plaisir d’une coupe sans alcool.
Un héritage que l’on retrouve dans le verre
Le développement de la méthode a joué un rôle majeur dans l’expression du Prosecco. La fermentation en cuve permet de mettre en valeur les parfums floraux et fruités de la Glera et les différences entre ses lieux de culture. L’Asti possède, lui aussi, sa propre histoire dans cette famille de bulles : la fermentation de son moût de Moscato en cuve ne se confond pas avec la seconde fermentation d’un vin de base.
À La Corte Segreta, revenir à Federico Martinotti enrichit le plaisir de ces vins. Nous retrouvons derrière leur fraîcheur un travail patient, des essais, des outils et une volonté de transmettre. C’est cette histoire humaine que nous voulons garder à côté de l’histoire des bouteilles.

Federico Martinotti : repères de sa vie et de ses recherches — chronologie de La Corte Segreta.
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