Père Théodore : le moine qui a façonné Chimay
Le parcours d’un moine brasseur, de Louvain à Scourmont, et l’héritage vivant de la levure de Chimay.

Photographie : abbaye Notre-Dame de Scourmont, près de Chimay — Lionel Bartel, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
Derrière la Chimay Blanche se trouve un homme qui a marqué bien davantage qu’une recette. Le Père Théodore De Haene était un moine cistercien-trappiste de l’abbaye Notre-Dame de Scourmont, près de Chimay. Son travail a contribué à la renaissance de la brasserie après la Seconde Guerre mondiale, à la personnalité des bières de l’abbaye et à la transmission de ce savoir-faire. À La Corte Segreta, son histoire nous intéresse parce qu’elle donne un visage à ce que nous servons.
Un moine qui reprend le chemin des études
La guerre laisse la brasserie de Scourmont profondément atteinte : des installations sont devenues inutilisables et des cuves ont disparu. Pour reconstruire, il faut aussi retrouver une manière de brasser avec précision. En 1948, le Père Théodore rejoint l’université de Louvain pour étudier la brasserie. Il se forme auprès de Jean De Clerck, professeur et spécialiste de la science brassicole.
Le moine sollicite son aide pour remettre la brasserie sur pied. Cette rencontre réunit deux expériences complémentaires : la vie et le travail de l’abbaye, et les connaissances acquises à l’université comme dans les brasseries. Nous aimons ce moment de son parcours : il accepte d’apprendre pour mieux transmettre. Une tradition peut ainsi continuer à vivre en accueillant de nouveaux outils.
Une signature vivante : la levure de Chimay
En 1948, le Père Théodore isole la souche de levure qui reste aujourd’hui à la base des bières trappistes de Chimay. C’est l’une de ses contributions les plus durables. Une levure est un organisme vivant : elle intervient dans la fermentation et dans la construction du goût. Ici, son héritage continue donc de travailler dans la bière.
La Chimay Rouge, la plus ancienne de la gamme, et les autres Chimay appartiennent à cette même histoire brassicole. Chaque bière possède son expression propre, mais le travail patient de l’abbaye leur donne une parenté. Son apport associe ainsi une identité gustative et la possibilité de la retrouver au fil des brassins.
1966 : la naissance de la Chimay Blanche
Le Père Théodore élabore en 1966 la Chimay Blanche, ou Triple. Cette blonde à 8 % fait dialoguer les notes fruitées, florales et épicées avec l’amertume du houblon. En 1986, son lancement en bouteille de 75 cl célèbre les cinq cents ans de la principauté de Chimay : de là vient son autre nom, « Cinq Cents ». Une bière réunit ainsi le travail d’un brasseur et la mémoire d’un territoire.
L’homme derrière le brasseur
Le journaliste britannique Michael Jackson, passionné de bière, rencontre le Père Théodore dans les années 1970. Il garde le souvenir d’un homme qui répond avec soin à ses nombreuses questions, et qui veut lui faire comprendre le brassage au-delà du seul cas de Chimay. Dans son témoignage, il raconte aussi un détail amusant : après sa retraite de la brasserie, le moine lui envoie un fax pour lui dire qu’il s’ennuie. Derrière la rigueur, on découvre de la curiosité et de l’humour.
Cette transmission touche aussi les brasseurs qui viennent après lui. Dominique Denis, maître brasseur de Chimay, a désigné le Père Théodore comme son mentor. Son influence ne se limite donc pas à une souche ou à une bouteille : elle passe également par les personnes qui poursuivent le travail.
Pourquoi nous lui ouvrons nos archives
À La Corte Segreta, nous voulons pouvoir passer d’une bière à son histoire, puis aux personnes qui l’ont façonnée. La Chimay Blanche devient une porte d’entrée vers un moine, un laboratoire, une abbaye et un savoir transmis. C’est cette continuité qui nous plaît : derrière un verre, il y a des gestes, des choix et des vies.
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