Tignanello : le courage de changer le vin toscan
Un vignoble du Chianti, une liberté nouvelle et l’élan d’Antinori

Vignes du Chianti près de Certaldo, en Toscane — Francesco Sgroi, 19 septembre 2009. Vue régionale du paysage viticole du Chianti. · Photographie originale · CC BY 2.0
Pourquoi il est à notre carte
À La Corte Segreta, Tignanello nous intéresse autant pour sa qualité que pour le chemin qu’il a ouvert au vin italien. Nous y retrouvons la précision d’un grand rouge et une histoire de convictions : celle de la famille Antinori, qui a choisi de faire évoluer son héritage. Tignanello appartient à l’aventure des Super Toscans. Son nom nous rappelle qu’un grand vin peut aussi déplacer les idées reçues.
Un nom qui vient de la terre
Tignanello porte le nom du vignoble dont il provient, au sein de Tenuta Tignanello, entre les vallées de la Greve et de la Pesa, dans le Chianti Classico. Ses 77 hectares, exposés au sud-ouest, se situent autour de 350 à 400 mètres d’altitude, sur des sols riches en calcaire. La propriété actuelle repose sur une histoire plus ancienne : une demeure du XVIe siècle, des terres passées par les Buondelmonti puis une branche des Médicis, et acquises par les Antinori au milieu du XIXe siècle.
Dans les années 1970, le domaine devient un lieu d’expérimentation : choix des vignes, densité de plantation, taille et travail du Sangiovese. Cette recherche nous plaît parce qu’elle commence dans le vignoble, bien avant la cave.
1970, 1971, 1975 : une rupture progressive
Le premier vin, issu du millésime 1970, s’appelle Chianti Classico Riserva Vigneto Tignanello et contient encore du Canaiolo ainsi que des raisins blancs. En 1971, il devient un vin de table toscan et prend le nom Tignanello. Les raisins blancs ne disparaissent définitivement qu’avec le millésime 1975. Cette évolution associe le Sangiovese aux Cabernets et aux petits fûts de chêne.
Aujourd’hui, Tignanello porte la mention Toscana IGT. Cette trajectoire explique pourquoi la catégorie inscrite sur une étiquette ne suffit pas à raconter l’importance d’un vin.
La signature du père
Un détail nous touche : l’étiquette dessinée par Silvio Coppola en 1974, pour la commercialisation du millésime 1971, porte la signature de Niccolò Antinori. Piero a voulu y faire signer son père pour le remercier de sa confiance. Au cœur d’un vin novateur, ce geste garde une place à la transmission familiale.
Trois cépages et un travail patient en cave
Le Sangiovese reste majoritaire, accompagné du Cabernet Sauvignon et du Cabernet Franc. Leur rencontre donne au vin plusieurs dimensions, sans effacer son origine toscane.
La fermentation et la macération demandent une attention particulière à l’extraction et à la finesse des tanins. Pour le millésime 2022, l’élevage a duré un peu plus de treize mois en petits fûts, surtout français et pour une faible part hongrois, puis douze mois en bouteille. Les lots ont d’abord été élevés séparément avant l’assemblage. Ces durées décrivent cette vendange précise.
Le caractère que nous aimons retrouver
Nous aimons le lien entre profondeur et fraîcheur qui donne au Tignanello sa présence à table. La cerise, les nuances florales et balsamiques, les épices douces et les tanins souples sont des repères possibles ; leur expression évolue avec le millésime et le temps. Pour nous, connaître cette histoire ajoute une autre dimension au plaisir du vin, sans remplacer ce qui se passe dans le verre.
Tignanello, jusque dans la grappa
Cette découverte se poursuit sur notre carte des liqueurs avec la Grappa Tignanello. Les marcs fermentés sont transférés rapidement en distillerie après le soutirage et le pressurage ; les lots les plus fins sont ensuite sélectionnés et assemblés. Le raisin prend ainsi une autre expression. Notre archive sur la grappa et les eaux-de-vie permet de comprendre ce passage du vin au distillat.
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